
Quand le prix devient un frein aux soins : les Français repoussent-ils aussi leurs consultations d’ostéopathie ?
Ajoutez ReflexOstéo à vos sources préféréesPrendre rendez-vous lorsque l’on souffre paraît naturel. Pourtant, entre le besoin ressenti et le passage à l’acte, un élément peut peser lourd : le prix de la consultation.
Attendre quelques semaines. Espérer que la douleur passe. Reporter un rendez-vous parce que d’autres dépenses sont prioritaires. Ce phénomène concerne de nombreux domaines de santé et peut également se poser pour des soins peu ou pas pris en charge par l’Assurance Maladie, comme l’ostéopathie.
Douleurs du dos, gêne cervicale, inconfort lié à une activité professionnelle ou sportive… lorsqu’un trouble reste supportable, il peut être tentant de différer la consultation.
Alors, dans quelle mesure le coût influence-t-il réellement le recours aux soins ? Et pourquoi cette question est-elle particulièrement importante lorsqu’on s’intéresse à l’ostéopathie ?
Le renoncement aux soins concerne-t-il beaucoup de Français ?
Les données disponibles montrent qu’il faut distinguer le renoncement aux soins en général du renoncement spécifiquement lié à des difficultés financières.
En 2023, selon l’Insee, 1,8 % de la population déclarait avoir renoncé à un examen ou à un traitement médical pour des raisons financières.[1]
Cette proportion atteignait 3,2 % parmi les 20 % de personnes aux revenus les plus faibles.[2]
Dans certains domaines où le reste à charge peut être important, le phénomène apparaît encore davantage.
En 2022, environ 9 % des Français âgés de 16 ans ou plus déclaraient avoir renoncé à des soins dentaires.[2] Parmi les personnes concernées, 58 % évoquaient une raison financière.[2]
Ces chiffres portent sur les soins médicaux et dentaires, et non spécifiquement sur l’ostéopathie. Ils illustrent néanmoins un mécanisme important : avoir besoin ou envie de consulter ne signifie pas toujours pouvoir supporter immédiatement le coût de la consultation.
Pour l’ostéopathie, cette question est d’autant plus pertinente que la consultation n'est généralement pas remboursée par l’Assurance Maladie et que sa prise en charge dépend notamment du contrat de complémentaire santé du patient.
Pourquoi le prix peut-il particulièrement peser sur une consultation d’ostéopathie ?
Toutes les dépenses de santé ne sont pas perçues de la même façon.
Une consultation bénéficiant d’une prise en charge importante par l’Assurance Maladie et la complémentaire santé n’a évidemment pas le même impact financier qu’une consultation dont le coût reste, en totalité ou en partie, à la charge du patient.
C’est précisément l’une des particularités de l’ostéopathie.
Selon les contrats, certaines complémentaires santé proposent un remboursement forfaitaire de plusieurs consultations d’ostéopathie par an. D’autres offrent une couverture plus limitée, voire aucune prise en charge.
Pour un patient qui consulte ponctuellement, la différence peut sembler modérée. Mais lorsqu’une personne doit arbitrer entre plusieurs dépenses — logement, alimentation, transport, soins dentaires ou médicaux — une consultation d’ostéopathie peut rapidement être considérée comme reportable.
Ce n’est donc pas nécessairement l’absence de douleur ou de gêne qui conduit à repousser le rendez-vous. C’est parfois simplement une question de priorité budgétaire.
Mal de dos, cervicalgies, douleurs articulaires : pourquoi attend-on parfois avant de consulter ?
Les troubles musculosquelettiques présentent une particularité : leur intensité peut fluctuer.
Une douleur lombaire peut être importante pendant quelques jours puis diminuer. Une gêne cervicale peut apparaître progressivement. Une douleur liée à une activité sportive peut sembler suffisamment modérée pour que l’on continue son quotidien.
Face à ce type de symptômes, le raisonnement est souvent simple :
« J’attends encore quelques jours. »
« Cela va peut-être passer tout seul. »
« Je prendrai rendez-vous si ça continue. »
Ce comportement n’est pas nécessairement problématique. De nombreuses douleurs musculosquelettiques évoluent favorablement spontanément et toute douleur ne nécessite évidemment pas une consultation en ostéopathie.
Mais lorsqu’une gêne persiste, récidive ou affecte les activités quotidiennes, professionnelles ou sportives, la question d’une prise en charge adaptée peut se poser.
Le coût de la consultation devient alors l’un des éléments susceptibles d’influencer le moment où le patient décide réellement de demander conseil à un professionnel.
L’ostéopathie est-elle considérée comme une dépense que l’on peut facilement repousser ?
Probablement plus facilement que certaines dépenses de santé considérées comme urgentes.
Le cerveau humain hiérarchise naturellement les dépenses.
Le loyer doit être payé. Les courses sont indispensables. Certains médicaments ou traitements ne peuvent pas attendre.
À l’inverse, lorsque la douleur reste supportable, une consultation pour un trouble musculosquelettique peut être perçue comme moins urgente.
Cette situation peut concerner l’ostéopathie mais également la kinésithérapie, certains soins dentaires, la psychologie ou d’autres prises en charge dont le coût, l’accès ou le remboursement peuvent influencer le recours aux soins.
La question n’est donc pas uniquement : « Ai-je besoin de consulter ? »
Elle devient aussi : « Est-ce que cette consultation justifie aujourd’hui cette dépense ? »
Complémentaire santé : la prise en charge de l’ostéopathie peut-elle faire la différence ?
Lorsqu’une personne choisit une complémentaire santé, le montant de la cotisation mensuelle n’est pas le seul élément à observer.
Les niveaux de remboursement, les plafonds annuels et les prestations réellement prises en charge peuvent modifier fortement le reste à payer.
Cela concerne évidemment l’hospitalisation, les soins dentaires, l’optique ou les consultations de spécialistes, mais aussi certaines prestations non remboursées par l’Assurance Maladie.
L’ostéopathie fait partie des garanties qu’il peut être utile de vérifier lorsque l’on consulte régulièrement.
Selon les contrats, le remboursement peut prendre la forme d’un forfait annuel ou d’un montant maximal par séance.
Comparer un devis assurance santé permet ainsi de vérifier si le niveau de couverture proposé correspond réellement à ses habitudes et à ses besoins de santé.
Reporter une consultation d’ostéopathie est-il forcément une mauvaise idée ?
Non.
Il faut éviter une idée trop simpliste selon laquelle toute douleur nécessiterait immédiatement une consultation ou qu’attendre conduirait automatiquement à une aggravation.
Pour de nombreux épisodes de douleurs musculosquelettiques courantes, l’évolution spontanée peut être favorable.
La question devient différente lorsqu’une douleur est persistante, récidivante, inhabituelle ou lorsqu’elle s’accompagne de symptômes nécessitant un avis médical.
L’ostéopathe doit d’ailleurs être capable, à travers son interrogatoire et son examen clinique, d’identifier les situations qui ne relèvent pas de sa prise en charge et d’orienter le patient vers un médecin lorsque cela est nécessaire.
Cette capacité à évaluer une situation clinique, à reconnaître les signes nécessitant une orientation et à intégrer les données scientifiques actuelles fait également partie des compétences qui peuvent être approfondies tout au long de la carrière. REFLEX OSTEO propose à ce titre des formations continues pour les ostéopathes autour notamment de la douleur, des rachialgies, de la pédiatrie, du sport, des neurosciences ou encore de l’Evidence-Based Practice.
Le véritable enjeu du renoncement financier n’est donc pas d’inciter chacun à consulter davantage. Il est d’éviter que le prix devienne un obstacle lorsque l’évaluation ou la prise en charge d’un problème de santé est réellement pertinente.
Les personnes aux revenus modestes sont-elles davantage concernées ?
Les statistiques disponibles montrent clairement que les difficultés d’accès aux soins augmentent lorsque les revenus diminuent.
L’Organisation mondiale de la Santé indique que les dépenses de santé susceptibles de provoquer des difficultés financières sont particulièrement concentrées chez les ménages les plus modestes.[3]
Les données françaises concernant les soins dentaires montrent également un renoncement plus important dans les catégories de revenus les plus faibles.[2]
Même si ces données ne portent pas directement sur l’ostéopathie, le mécanisme économique est assez intuitif : plus la part restant à la charge du patient est importante, plus le coût est susceptible d’entrer dans la décision de consulter.
La prise en charge éventuelle des consultations d’ostéopathie par une complémentaire santé peut donc jouer un rôle dans leur accessibilité.
Le prix est-il le seul frein à la consultation ?
Certainement pas.
Le recours aux soins est un phénomène complexe.
Le coût peut intervenir, mais d’autres facteurs comptent également : la disponibilité des professionnels, les délais pour obtenir un rendez-vous, la distance à parcourir, les contraintes professionnelles ou familiales, la perception de la gravité des symptômes ou encore la connaissance des différentes possibilités de prise en charge.
L’OMS rappelle ainsi que les besoins de soins non satisfaits peuvent être liés à des obstacles financiers, géographiques mais également organisationnels.[3]
Pour l’ostéopathie, un autre élément intervient : le patient doit lui-même déterminer s’il juge cette consultation suffisamment utile pour justifier une dépense qui peut rester partiellement ou totalement à sa charge.
Faciliter l’accès à l’ostéopathie sans encourager la surconsommation de soins
La question de l’accès financier à l’ostéopathie mérite donc d’être posée avec nuance.
L’objectif ne devrait pas être de multiplier les consultations systématiquement ni de considérer l’ostéopathie comme indispensable pour chaque douleur.
Il s’agit plutôt de permettre aux patients de choisir leur prise en charge en fonction de leurs besoins et des données disponibles, sans que le coût constitue à lui seul un obstacle disproportionné.
Information sur les tarifs, transparence sur les remboursements proposés par les complémentaires santé, orientation vers le professionnel adapté et recours raisonné aux soins font ainsi partie d’une même logique.
Car derrière la question du prix se trouve finalement une question beaucoup plus large : pouvons-nous accéder au professionnel de santé ou de soin dont nous avons besoin au moment où nous estimons en avoir besoin ?
Pour l’ostéopathie comme pour les autres prises en charge, l’enjeu consiste à trouver un équilibre entre accessibilité financière, pertinence des soins et liberté de choix du patient.
Sources
[1] Insee, Enquête Statistiques sur les ressources et conditions de vie (SRCV), données relatives aux besoins non satisfaits de soins pour raisons financières, 2023.
[2] DREES, Les dépenses de santé en 2023 – Comparaisons internationales des dépenses de soins dentaires, données 2022.
[3] Organisation mondiale de la Santé – Bureau régional de l’Europe, Les soins et services de santé sont-ils financièrement accessibles ? De nouvelles bases factuelles sur la protection financière en France, 19 avril 2024.
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