
Acouphènes, baisse d’audition et tensions cervicales : ce que dit réellement la science
Ajoutez ReflexOstéo à vos sources préféréesUn sifflement qui persiste dans une oreille, l’impression de moins bien comprendre les conversations dans un environnement bruyant, une gêne cervicale associée ou encore des symptômes qui semblent varier selon les mouvements de la tête ou de la mâchoire : les troubles auditifs et les acouphènes sont parfois difficiles à interpréter.
Ils illustrent surtout une réalité importante en santé : un même symptôme peut avoir plusieurs mécanismes et nécessiter des prises en charge très différentes.
Face à une baisse de l’audition, l’enjeu principal est d’identifier précisément la fonction auditive atteinte et, lorsque cela est indiqué, de proposer une solution adaptée. Face à certains acouphènes associés à une cervicalgie ou à un trouble temporo-mandibulaire, une composante musculosquelettique peut parfois participer à la modulation du symptôme.
L’approche fondée sur les preuves, ou Evidence-Based Practice (EBP), permet justement d’éviter deux écueils : considérer tous les symptômes comme exclusivement « mécaniques », mais aussi négliger les interactions possibles entre audition, système somatosensoriel, douleur et environnement du patient.
Baisse d’audition et acouphènes : deux phénomènes différents mais souvent associés
La perte auditive correspond à une diminution mesurable de certaines capacités auditives. Elle peut notamment se traduire par une difficulté à comprendre la parole, particulièrement lorsque plusieurs personnes parlent simultanément ou dans un environnement sonore complexe.
Les acouphènes sont différents : ils correspondent à la perception d'un son en l’absence d'une source sonore extérieure correspondante. Ils peuvent prendre la forme d’un sifflement, d’un bourdonnement, d’un souffle ou d’autres sensations sonores.
Les deux phénomènes sont néanmoins fréquemment associés.
Cette distinction est essentielle car un acouphène n’est pas en lui-même une indication automatique d’appareillage auditif.
Les recommandations du NICE, l’organisme britannique chargé notamment d’élaborer des recommandations cliniques fondées sur les données scientifiques, préconisent ainsi les aides auditives chez les personnes présentant à la fois des acouphènes et une perte auditive ayant un impact sur leur communication. Elles peuvent également être envisagées lorsqu’une perte auditive est objectivée même si la gêne communicationnelle reste limitée. En revanche, une amplification n’est pas recommandée uniquement pour traiter un acouphène lorsqu’aucune perte auditive n’est présente.
C’est un bon exemple de raisonnement EBP : on ne choisit pas une intervention simplement parce qu’elle paraît intuitivement cohérente. On recherche d’abord à quel profil de patient elle correspond réellement.
Pourquoi le bilan auditif reste une étape centrale
Lorsque la personne constate une modification de son audition, augmenter simplement le volume de son environnement n’est pas nécessairement la réponse adaptée.
Deux personnes affirmant « entendre moins bien » peuvent présenter des situations très différentes : diminution de certaines fréquences, difficultés essentiellement dans le bruit, asymétrie entre les oreilles, acouphènes associés ou encore problème nécessitant une évaluation médicale spécifique.
Le parcours doit donc permettre d’objectiver les difficultés puis de personnaliser la réponse.
C’est notamment le rôle du médecin ORL et de l’audioprothésiste. Le choix d’une aide auditive ne repose pas seulement sur sa puissance ou sur son niveau technologique : il doit prendre en compte le profil auditif de la personne, ses activités, les environnements dans lesquels elle souhaite mieux communiquer, ses capacités d’adaptation et ses attentes.
La technologie des aides auditives a considérablement évolué. Le traitement numérique du signal permet notamment de mieux gérer certaines situations sonores complexes, d’adapter l’amplification aux différentes fréquences ou encore de modifier automatiquement certains paramètres en fonction de l’environnement.
Mais l'appareil le plus sophistiqué sur le papier ne sera pas nécessairement celui qui convient le mieux à chaque personne.
Pour découvrir les appareils auditifs les plus efficaces, audibene présente différentes solutions et propose un accompagnement permettant ensuite d’être orienté vers l’un de ses audioprothésistes partenaires. Le choix final et les réglages doivent en effet rester individualisés : l’objectif n’est pas simplement d’amplifier les sons, mais d’améliorer autant que possible la communication dans les situations importantes pour la personne.
Tous les acouphènes ne se ressemblent pas
L’un des apports les plus intéressants de la recherche récente est de montrer qu’il est probablement réducteur de considérer les acouphènes comme un phénomène totalement homogène.
Chez certaines personnes, l’intensité ou la perception de l’acouphène semble pouvoir être modifiée par des mouvements du cou, une contraction musculaire, certaines positions mandibulaires ou des troubles de l’articulation temporo-mandibulaire.
On parle alors notamment d’acouphène somatosensoriel ou somatique.
Cela ne signifie pas que « l’acouphène vient des cervicales ». Cette formulation serait beaucoup trop simpliste.
Elle signifie plutôt que, chez certains patients sélectionnés, des informations provenant du système somatosensoriel pourraient participer à la modulation de la perception auditive.
C’est précisément dans cette population que l’évaluation musculosquelettique peut présenter un intérêt.
Et l’ostéopathie dans tout cela ?
C’est ici que le raisonnement clinique doit être particulièrement rigoureux.
Un patient qui consulte un ostéopathe parce qu’il présente un acouphène ne devrait pas être considéré d’emblée comme présentant un problème cervical ou crânien susceptible d’être corrigé par une technique manuelle.
L’interrogatoire doit d’abord permettre de comprendre le contexte : ancienneté du symptôme, apparition brutale ou progressive, caractère uni- ou bilatéral, symptômes auditifs associés, éventuels vertiges, douleur cervicale ou temporo-mandibulaire, modification du symptôme par certains mouvements, antécédents et évaluations déjà réalisées.
Selon la situation, l’orientation vers le médecin ou vers une évaluation ORL doit précéder toute prise en charge musculosquelettique.
Lorsque l’évaluation médicale appropriée a été effectuée et qu’une véritable composante cervicale ou temporo-mandibulaire semble associée à l’acouphène, la question devient différente : une intervention ciblant cette composante musculosquelettique peut-elle améliorer certains symptômes ?
Les données disponibles invitent à une réponse prudente.
Une revue systématique consacrée à la thérapie manuelle dans les acouphènes somatiques associés à des dysfonctions cervicales ou temporo-mandibulaires rapportait des résultats encourageants, mais sur seulement trois essais randomisés et avec un besoin explicite de recherches complémentaires.
Un essai randomisé plus récent portant sur 31 participants présentant un acouphène somatique rapportait également une amélioration plus importante de plusieurs critères dans le groupe recevant thérapie manuelle et exercices par rapport aux exercices seuls. Il s’agit néanmoins d’un petit échantillon : ces résultats ne permettent donc pas de généraliser cette approche à l’ensemble des patients souffrant d’acouphènes.
Cette nuance est importante.
Une étude positive ne signifie pas qu’un traitement « fonctionne » pour tout le monde
L’EBP ne consiste pas à rechercher une publication qui confirme ce que l’on pratique déjà.
Elle consiste notamment à examiner la qualité méthodologique des études, leur reproductibilité, l’importance réelle des effets observés et surtout leur applicabilité au patient que l’on reçoit.
Une revue systématique publiée en 2026 sur la physiothérapie chez les personnes présentant des douleurs cervicales associées à des vertiges cervicogéniques et/ou des acouphènes illustre parfaitement cette difficulté.
Treize études représentant 785 patients ont été analysées. Mais dix d’entre elles étaient considérées comme présentant un risque élevé de biais. Pour de nombreux critères liés aux acouphènes, vertiges ou fonctions psychologiques, les auteurs concluaient à des preuves limitées, contradictoires ou absentes.
Autrement dit : quelques résultats intéressants existent, mais ils ne permettent pas d’affirmer que toute personne souffrant d’acouphènes devrait recevoir une thérapie manuelle.
Cette conclusion peut sembler moins spectaculaire. Elle est pourtant beaucoup plus utile cliniquement.
La bonne question n’est plus « quelle technique utiliser ? »
Pendant longtemps, une partie des pratiques manuelles s’est organisée autour d’une logique essentiellement biomécanique : trouver une structure supposée dysfonctionnelle puis chercher à la corriger.
L’évolution des sciences de la douleur et du raisonnement clinique invite aujourd’hui à poser d’autres questions :
Quel est le problème principal du patient ?
Quels mécanismes sont plausibles dans sa situation ?
Existe-t-il des signes suggérant une pathologie qui doit être explorée médicalement ?
Quels facteurs sont réellement modifiables ?
Quels résultats attend-on de notre intervention et comment allons-nous les mesurer ?
Cette démarche vaut pour les acouphènes comme pour les céphalées, cervicalgies ou autres douleurs musculosquelettiques.
Un thérapeute manuel peut donc avoir un rôle utile sans prétendre traiter directement une déficience auditive.
Chez un patient présentant simultanément des douleurs cervicales, une limitation fonctionnelle ou des troubles temporo-mandibulaires, il pourra par exemple évaluer puis prendre en charge ces composantes lorsqu’elles entrent dans son champ de compétences.
La réponse au traitement doit ensuite être réévaluée.
Si la cervicalgie s’améliore mais que l’acouphène reste strictement identique, il faut savoir le constater. Si les deux évoluent, cette observation est intéressante mais ne suffit pas à prouver à elle seule un mécanisme causal.
Cette capacité à réviser ses hypothèses est au cœur du raisonnement clinique moderne.
Une prise en charge réellement centrée sur le patient est souvent pluridisciplinaire
Opposer l’approche musculosquelettique à l’approche médicale ou audiologique n’a finalement que peu de sens.
Une personne peut présenter simultanément une perte auditive nécessitant une aide auditive, un acouphène, une cervicalgie et des facteurs psychologiques ou comportementaux modifiant la gêne ressentie.
Ces problématiques ne s’annulent pas les unes les autres.
L’enjeu consiste donc à savoir quel professionnel doit intervenir, pour quelle problématique et avec quel objectif.
Le médecin ORL intervient notamment dans le diagnostic médical et la recherche de certaines causes.
L’audioprothésiste évalue les besoins liés à l’appareillage, réalise son adaptation et ses réglages puis assure le suivi.
Le professionnel prenant en charge les troubles musculosquelettiques peut intervenir lorsque ceux-ci sont effectivement présents et pertinents.
Dans certaines situations où les acouphènes provoquent une détresse importante, les dimensions psychologiques doivent également être prises en considération. Les recommandations internationales intègrent d’ailleurs certaines interventions psychologiques dans la prise en charge des acouphènes gênants.
Le modèle devient alors beaucoup plus proche d’une véritable approche biopsychosociale que d’une recherche d’une cause unique.
L’EBP : accepter aussi les limites de notre intervention
Pour les professionnels de santé, l’une des compétences les plus importantes est probablement de savoir reconnaître ce que l’on peut raisonnablement prendre en charge… et ce qui sort de notre champ d’action.
C’est également ce qui rend l’EBP parfois inconfortable : les connaissances évoluent et certaines explications enseignées pendant des années peuvent être remises en question.
L’objectif n’est pourtant pas d’abandonner l’examen clinique ou la thérapie manuelle. Il s’agit de les intégrer à une démarche plus large comprenant les meilleures données scientifiques disponibles, l’expérience du praticien ainsi que les attentes et préférences du patient.
Dans le cas des acouphènes, cette posture est particulièrement pertinente : ne pas promettre de traiter un trouble auditif par une intervention manuelle, mais savoir identifier les patients chez lesquels une composante musculosquelettique mérite réellement d’être évaluée.
En pratique : mieux identifier le bon parcours
Devant une gêne auditive ou un acouphène, il n’existe donc pas une solution unique.
Une baisse d’audition nécessite une évaluation adaptée et peut conduire à la prescription puis à l’adaptation d’aides auditives.
Un acouphène associé à une perte auditive peut également bénéficier de cette prise en charge lorsqu’elle est indiquée.
Un acouphène présentant des caractéristiques somatosensorielles et associé à une cervicalgie ou à un trouble temporo-mandibulaire peut, dans certains cas, justifier parallèlement une évaluation musculosquelettique.
La thérapie manuelle n’est alors pas une alternative à l’évaluation auditive. Elle constitue éventuellement une composante complémentaire d’un parcours plus large, chez des patients sélectionnés.
C’est probablement le message essentiel à retenir : en santé, la qualité d’une prise en charge dépend moins de la recherche de « la meilleure technique » que de notre capacité à identifier correctement le problème, à orienter lorsque cela est nécessaire et à choisir l’intervention la plus pertinente pour la personne qui se trouve devant nous.
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